« Une
heure vaste, solennelle, grande comme l'espace, sans divisions de
minutes ni de secondes – une heure immobile qui n'est pas marquée
sur les horloges, et cependant légère comme un soupir, rapide
comme un coup d'oeil. Et,
si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard
repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et
intolérant, quelque Démon du contretemps venait me dire : « Que
cherches-tu dans les yeux de cet être? Y vois-tu l'heure, mortel
prodigue et fainéant? » je répondrai sans hésiter : « Oui,
je vois l'heure; il est l'Eternité. » (Baudelaire)
lundi 11 novembre 2013
lundi 4 novembre 2013
« Nous travaillons dans les ténèbres - nous faisons ce que nous pouvons - notre doute est notre passion et notre passion est notre tâche. Le reste est la folie de l'art. » (Henry James)
« Tu veux une âme, Arthur ? Une âme ! mais y
songes-tu bien ? Veux-tu être comme les hommes ? veux-tu pleurer
pour la mort d’une femme, pour une fortune perdue ? veux-tu
maigrir de désespoir, tomber des illusions à la réalité ? Une
âme ! mais veux-tu les cris de désespoir stupide, la folie,
l’idiotisme ? une âme ! tu veux donc croire ? tu t’abaisserais
jusqu’à l’espoir ? Une âme ! tu veux donc être un homme, un
peu plus qu’un arbre, un peu moins qu’un chien ? »
Rêve
d’enfer – Première partie (Flaubert)
samedi 2 novembre 2013
« Est-ce que cela arrive ? » – « Non, cela n’arrive pas. » – « Quelque chose arrive cependant. »
« Quand vos paroles seront au même
niveau que les miennes, quand les unes et les autres seront ainsi
égales, elles ne parleront plus. » – « Sans doute, mais entre
elles se retiendra l’égalité silencieuse. »
[...]
« Il m’attirait, il m’attirait sans cesse. » – « Où vous attirait-il ? » – « Eh bien, dans cette pensée que j’ai oubliée. » – « Et de lui, pouvez-vous mieux vous souvenir ? » – « Je ne le puis pas. Comme
« Il m’attirait, il m’attirait sans cesse. » – « Où vous attirait-il ? » – « Eh bien, dans cette pensée que j’ai oubliée. » – « Et de lui, pouvez-vous mieux vous souvenir ? » – « Je ne le puis pas. Comme
je l’ai oublié. Comme il m’attire,
celui que j’ai oublié. »
Quand elle parle, et ses mots entraînés doucement, son visage glissant à son tour, s’enfonçant dans le cours de la parole égale, elle l’attire, lui aussi, dans ce même mouvement d’attrait où elle ne sait
Quand elle parle, et ses mots entraînés doucement, son visage glissant à son tour, s’enfonçant dans le cours de la parole égale, elle l’attire, lui aussi, dans ce même mouvement d’attrait où elle ne sait
qui elle suit, qui la
précède.
Comme s’il avait glissé, par l’attrait de l’affirmation sans mesure, vers cet espace vide où,
Comme s’il avait glissé, par l’attrait de l’affirmation sans mesure, vers cet espace vide où,
la conduisant,
la suivant, il demeure en attente entre voir et dire.
La nuit comme un mot unique, le mot fin répété sans fin. »
(Maurice Blanchot - l’Attente – l’Oubli / 1962)
La nuit comme un mot unique, le mot fin répété sans fin. »
(Maurice Blanchot - l’Attente – l’Oubli / 1962)
jeudi 31 octobre 2013
« On pense toujours au couchant comme à de l’or, c’est-à-dire à la couleur jaune, de sorte que cette couleur qui est ma préférée est la couleur de ma vie, celle du commencement et celle de la fin. Je suis content de ne pas avoir perdu le jaune, mais j’éprouve aujourd’hui la nostalgie du noir. » (Borges)
« Adieu Camille. Retourne à ton couvent. Et lorsqu'on te fera encore de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, vaniteuses, menteuses, curieuses et dépravées; et le monde entier n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a dans ce monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux... On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime. Et, quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
("On ne badine pas
avec l'Amour"- Musset cité dans "Billie" d'Anna Gavalda)
lundi 28 octobre 2013
« Celui qui souffre seul,souffre surtout par imagination; mais l’âme dompte aisément la souffrance, quand sa douleur a des camarades d’épreuve. » (William Shakespeare-Le roi Lear)
et où,
jusque là, j'avais vécu sans rien
sentir.
Lorsque j'ai demandé où je me trouvais, tout le monde m'a
trompé,
chacun contredisant tous les autres.
Si j'ai demandé ce
que je devais faire, tout le monde m'a leurré,
chacun me répondant
une chose différente.
Si, ne sachant où aller, je me suis arrêté
en chemin, tout le monde s'est étonné que je ne m'engage pas sur
cette route dont nul ne savait où elle menait, ou que je ne
revienne pas en arrière – alors que, réveillé à la croisée
des chemins, j'ignorais même d'où je venais.
Je vis que je me
trouvais sur une scène et que je ne savais rien de mon rôle, alors
que les autres se mettaient à réciter le leur, sans le savoir
d'avantage.
Je vis que j'étais habillé en page, mais nul ne me
donna ma reine, ce dont je fus blâmé.
Je vis que je tenais à la
main le message qu'il fallait transmettre,
et quand je leur dis que
la feuille était blanche, ils se moquèrent de moi.
Et je ne sais
toujours pas s'ils se sont moqués de moi parce que les feuilles
sont toujours blanches, ou bien parce qu'il faut toujours deviner
les messages.
Finalement, je me suis
assis sur une pierre, à la croisée des chemins,
comme auprès du
foyer que je n'ai jamais eu.
Et j'ai commencé, une fois seul, à
faire des bateaux de papier
avec le mensonge que l'on m'avait donné.
Personne n'a voulu me croire, même comme menteur,
et je n'avais pas
de lac pour prouver ma vérité. »
(Fernando Pessoa – Le
Livre de l'Intranquillité)
mardi 8 octobre 2013
vendredi 4 octobre 2013
«Toutes les pièces de théâtre ont fini par créer un monde à côté de la vie, qui se fait illusion à lui-même et finit par se croire vivant.» (Jules Renard)
Au détour d'un écran,
j'entrevois une main qui se lève
et c'est l'éternité.
Alors je pense à celui
lu et relu hier
à sa parole exigeante
scellée dans le papier.
"On prend le temps de respirer toute la dormeuse
mais sur une passante on se retourne déchiré
d'un seul coup par ce sourire imprévisible
surgi d'enfance en souvenir d'on ne sait quoi
un sourire venu à fleur et resté comme une ombre
offerte et retirée à tous les promeneurs
depuis que tu marches et te souviens tu cherches
l'ange oublié l'ange apparu de bouche en bouche
le chiffre des visages aimés dont la caresse
à la musique douloureuse est brusquement parue
et repartie s'enfouir à jamais dans l'allure
ayant cité ce mystérieux sourire d'autrefois"
(Ludovic Janvier-"D'un sourire"-"Doucement avec l'ange")
j'entrevois une main qui se lève
et c'est l'éternité.
Alors je pense à celui
lu et relu hier
à sa parole exigeante
scellée dans le papier.
"On prend le temps de respirer toute la dormeuse
mais sur une passante on se retourne déchiré
d'un seul coup par ce sourire imprévisible
surgi d'enfance en souvenir d'on ne sait quoi
un sourire venu à fleur et resté comme une ombre
offerte et retirée à tous les promeneurs
depuis que tu marches et te souviens tu cherches
l'ange oublié l'ange apparu de bouche en bouche
le chiffre des visages aimés dont la caresse
à la musique douloureuse est brusquement parue
et repartie s'enfouir à jamais dans l'allure
ayant cité ce mystérieux sourire d'autrefois"
(Ludovic Janvier-"D'un sourire"-"Doucement avec l'ange")
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